Français, français rage...

Publié le par Sastin Samin

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Pour une fois, je ne vais taper sur personne puisque c'est Clémence Labrouche du Journal du Pays Basque qui assaisonne un grand reporter parisien qui aurait mieux fait d'écrire sur l'Ile de France que sur le Pays Basque...

 

Grand reporter à Paris Match s'apprêtant à recevoir le prix des Trois Couronnes, avec son livre Le Roman de Biarritz et du Pays Basque, Sylvie Santini verse dans le cliché qui séduit l'estivant rassuré dans ses schèmes cognitifs et insulte les Basques par ses multiples inexactitudes et approximations.

Professeur improvisé d'euskara tout au long de l'ouvrage, les fautes y sont aussi nombreuses que les mondanités (c'est peu dire !) et les efforts pédagogiques pour séduire le lecteur sont d'un exotisme commercial à faire pâlir d'envie une agence de tourisme.

Les «Zaspiak bat», «ETA puise aussi dans les caisses de bars identitaires les `erriko taverne' du Petit Bayonne» ou encore Jakes Abeberry grâce à qui les lecteurs seront presque bascophones à la fin du livre avec des «prononcez Yakèche» à chaque coin de page énervent passablement le lecteur jusqu'au soulageant «Gore Euskadi» où on finit par se demander s'il ne manquerait pas un «T» à la fin de Gore ? Sylvie Santini (prononcez «Zilvi») n'a visiblement pas d'entourage bascophone. Passons !

Après cette lecture, on souscrit définitivement à l'affirmation de Saussure selon laquelle «le point de vue crée l'objet».

Vraiment dommage que Sylvie Santini («Zi-l-vi») ne parvienne pas à s'extirper de son confort intellectuel pour essayer de comprendre (pas nécessairement partager...) les valeurs véhiculées par la société basque.

A propos de l'enseignement de l'euskara dans les ikastola, elle assène ainsi : «on est encore loin, heureusement, de la situation catalane, où la pression en faveur de la langue locale est telle que nombre de jeunes sont désormais incapables de s'exprimer en espagnol».

Cette réflexion ethnocentrique passée, les efforts se poursuivent pour «ne pas» comprendre les abertzale dont l'histoire est brièvement décrite dans le chapitre «Basque Basque rage». Après l'évocation d'une rencontre avec Gabi Mouesca, elle décline son identité comme «ancien d'Iparretarrak -ceux du Nord- l'équivalent d'ETA en France» avec d'ajouter quelques pages plus loin avec une certitude qui ferait presque douter : «les Basques français n'ont jamais versé dans la violence».

Supputant un Gabi Mouesca militant au «parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot» «s'il n'était pas basque», elle conclut d'un ton profondément moqueur «Comme si la basquitude excluait une participation à la vie politique nationale !». Français, français rage...

Ethnocentrisme forcené a tel point qu'en légende photo d'une manifestation en faveur du regroupement des prisonniers basques est inscrite «une revendication permanente des sympathisants de l'indépendantisme du côté espagnol de la frontière».

La paille est sans doute plus visible que la poutre : le Pays Basque nord est encore une fois réduit à un Biarritz mondain, à la Rhune et au piment d'Espelette, tandis que les multiples condamnations des Etats français et espagnol par la Cour de Justice Européenne pour le non-respect du droit des prisonniers basques a être incarcéré au plus près de leurs domiciles ont semble-t-il été omises...

Un livre qui devrait ravir les assidus de lecture dans les cabinets médicaux et les passionnés de détails historiques qui alimentent sans doute aisément une conversation du gotha mondain dans les soirées très prisées de Biarritz. Pour le reste, les cours d'AEK restent encore une valeur sûre et les maisons d'éditions locales ont encore de beaux jours devant elles !

 

Bon, en ce qui me concerne, j'ai enfin trouvé du temps à perdre pour lire ce guide touristique. Je suis mon confrère sur toute la ligne et vais en rajouter une couche. Par ailleurs, j'ai du mal à comprendre que l'on puisse écrire sur un sujet que l'on connaît superficiellement. Lorsque sur une légende photo on lit "La Rhune au fond" alors que ce sont les Trois Couronnes, il faut franchement connaître Biarritz et pas plus ! Parce que déjà la ville de Biarritz est loin d'être représentative du Pays Basque, autant dans sa population que dans sa culture et tradition de ce pays. Ce livre aurait du simplement s'intituler "Le roman de Biarritz" parce que le Pays Basque, Mme Santini ne le connaît pas.

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Publié dans Culture

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